Thèse 2
L'IA devient un collègue : l'hypothèse
L'énoncé
D'ici quelques années, une équipe de bureau ne sera plus composée seulement de personnes. Elle comptera aussi des « agents » : des programmes d'IA capables d'enchaîner plusieurs étapes (chercher une information, remplir un tableau, écrire un code, répondre à un client) sans qu'on leur dicte chaque geste. On leur confie une tâche comme à un collègue, on relit ce qu'ils rendent, on les corrige. Le jeune diplômé qui arrive dans cette équipe ne travaille donc pas seulement avec des humains plus expérimentés : il travaille avec des agents, il les pilote, et parfois il passe une partie de sa journée à réparer ce qu'ils ont produit.
Cette thèse est différente de « l'IA est un outil ». Un tableur attend qu'on clique. Un agent reçoit un objectif et prend des initiatives dans un cadre. La question n'est plus « sais-tu te servir du logiciel ? » mais « sais-tu déléguer, vérifier et rendre compte du travail d'un autre, même s'il n'est pas humain ? ».
Le récit fictif
Imaginons Léa, diplômée d'une école de commerce, embauchée en 2027 comme chargée d'études marketing. Le lundi, elle confie à un agent la collecte des prix de vingt concurrents. Le mardi, un autre agent rédige un premier jet de synthèse. Son travail consiste à vérifier les chiffres, repérer les deux sources douteuses, ajouter ce que l'agent ne sait pas (un échange avec un commercial terrain) et défendre la recommandation devant sa responsable. Elle produit en une semaine ce qu'une junior de 2020 produisait en un mois, mais on attend d'elle un jugement qu'on n'attendait autrefois qu'au bout de trois ans.
Ces gains et délais sont imaginés, pas mesurés. Il décrit une organisation que certains éditeurs présentent déjà comme leur cible. Microsoft décrit une deuxième phase où les agents rejoignent les équipes comme collègues numériques et prennent en charge des tâches sous direction humaine S1.
Qui la défend
Les premiers défenseurs sont les entreprises qui vendent ces agents : Microsoft avec son « Frontier Firm » S1, Salesforce dont le PDG affirme avoir réduit son support client en confiant la moitié des échanges à l'IA S13, Anthropic qui mesure une délégation de plus en plus directe des tâches à son modèle S3. Leur intérêt commercial est évident et doit être gardé en tête.
Des équipes de recherche apportent un appui plus nuancé. L'expérience menée chez Procter & Gamble par des équipes de Harvard et de Wharton a justement été intitulée « le coéquipier cybernétique » : elle traite l'IA comme un membre d'équipe et non comme un simple outil S5.
Ce que la thèse ne dit pas
Elle ne dit pas que les agents remplacent les juniors (c'est la thèse 4, « le bas de l'échelle s'effondre »), ni que le junior devient seulement un contrôleur (thèse 5). Elle dit que l'unité de travail change : on ne travaille plus seul ou entre humains, on travaille en équipe mixte. Ce que cela fait à l'emploi des débutants reste ouvert, et les pages suivantes montrent que les preuves sont encore minces.