Thèse 3
Les preuves
Une diffusion encore inégale
En France, 18 % des entreprises du champ de l’enquête TIC utilisent une technologie d’IA en 2025. Il s’agit des entreprises d’au moins dix salariés des secteurs principalement marchands, hors agriculture, finance et assurance. Ce chiffre ne décrit donc ni toutes les structures ni tous les travailleurs. Le manque d’expertise figure parmi les obstacles déclarés à l’adoption S1. L’interprétation favorable à notre thèse est celle d’un déploiement qui demande du travail, plutôt que d’un remplacement instantané.
Dans l’Union européenne, la proportion atteint 20,0 % en 2025. Eurostat mesure un usage d’IA au sens large, qui inclut d’autres technologies que les assistants conversationnels S2. Ces taux renseignent sur la diffusion, pas sur le nombre de postes économisés. Une entreprise peut cocher la case parce qu’un seul service utilise un logiciel spécialisé.
Des effets globaux encore difficiles à isoler
L’étude internationale publiée par le Becker Friedman Institute en mars 2026 interroge près de 6 000 dirigeants aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Australie. Neuf sur dix ne déclarent pas d’effet de l’IA sur l’emploi ou la productivité de leur entreprise au cours des trois années précédentes S3. C’est un fait d’enquête : les réponses peuvent manquer des changements diffus et ne remplacent pas des mesures comptables. La France n’appartient pas à cet échantillon.
Aux États-Unis, le Budget Lab analyse notamment les données CPS jusqu’à août 2026. Son actualisation de septembre ne trouve pas de preuve claire d’une perturbation du marché du travail associée à l’IA S4. Cette absence de signal généralisé compte contre les récits d’un choc déjà universel. Elle reste compatible avec des effets concentrés dans certaines professions.
L’organisation peut absorber le gain technique
L’expérience de Dillon et ses coauteurs donne accès à un outil intégré aux logiciels de travail par assignation aléatoire. Dans la première version de l’étude (avril 2025), le temps consacré aux courriels diminue, mais celui des réunions ne change pas significativement ; la version de novembre 2025 reformule ce résultat en l’absence de changement détecté dans la quantité ou la composition des tâches S11. Cela soutient un mécanisme précis : les activités individuelles s’ajustent plus facilement que celles qui exigent une coordination collective. Le protocole ne mesure pas directement des suppressions d’emplois.
Enfin, METR observe en 2025 un temps de réalisation supérieur de 19 % avec l’IA chez les développeurs expérimentés étudiés, sur leurs propres projets S5. Ce résultat expérimental montre que l’aide peut coûter du temps dans un contexte exigeant. Il ne représente ni tous les développeurs ni les outils actuels : la mise à jour de 2026 empêche justement cette généralisation S6. Ensemble, ces preuves justifient la prudence sur la vitesse de transformation, jamais la certitude que rien ne changera.