Thèse 4
Les preuves
Le signal le plus solide : les 22 à 25 ans aux États-Unis
La preuve la plus citée vient de Stanford. À partir des données de paie du prestataire ADP, qui couvrent des millions de salariés américains, Brynjolfsson, Chandar et Chen comparent les jeunes des métiers très exposés à l'IA aux jeunes des métiers peu exposés. En août 2026, l'écart d'emploi atteint environ 19 % pour les 22 à 25 ans, contre 15 % un an plus tôt S1. Les salariés plus âgés des mêmes métiers ne montrent pas cet écart. Le mécanisme est clair dans leurs données : « l'ajustement passe principalement par une réduction des embauches de jeunes plutôt que par une hausse des départs » S1.
Deux autres équipes étudient le même mécanisme avec d'autres sources. Deux chercheurs de Harvard exploitent des données de CV portant sur 65 millions de travailleurs dans plus de 280 000 entreprises S2. Le résumé bibliographique rapporte une baisse de l'emploi junior après l'adoption, mais le texte intégral n'a pas pu être rouvert pendant cette contre-vérification : ce résultat détaillé est donc non vérifié ici. La Fed de Dallas cite une baisse de 13 % mesurée par Stanford, puis examine ses propres données publiques : entre novembre 2022 et septembre 2025, la part d'emploi des 20-24 ans dans les métiers les plus exposés recule de 16,4 % à 15,5 % S3.
Le marché des diplômés se dégrade
La Fed de New York suit depuis des années les diplômés récents de 22 à 27 ans. Au deuxième trimestre 2026, leur taux de chômage reste élevé, autour de 5,6 %, et leur taux de sous-emploi, c'est-à-dire la part qui occupe un poste ne demandant pas de diplôme, monte à 42 % S4. Oxford Economics relie au printemps 2025 la hausse du chômage des jeunes diplômés à une mutation structurelle des recrutements dans la tech et à une offre de diplômés en hausse ; l'organisme estime que certains postes débutants sont davantage déplacés par l'IA S15. Le Burning Glass Institute décrit plusieurs facteurs qui pèsent sur les débuts de carrière, dont le recours à des équipes plus réduites après la pandémie et une hausse du nombre de diplômés S16.
Dans la tech américaine, SignalFire estime que les jeunes diplômés ne représentent plus que 7 % des embauches de Big Tech ; ces recrutements ont baissé de 25 % depuis 2023 et de plus de 50 % depuis 2019 S9.
La France et l'Europe suivent, avec retard
Le cas français est moins spectaculaire mais va dans le même sens. L'Apec prévoyait pour 2025 une chute de 16 % des recrutements de cadres débutants, après une baisse de 19 % en 2024 S5. En juin 2025, 84 % des Bac +5 diplômés en 2024 jugeaient leur recherche d'emploi difficile, contre 61 % pour la promotion 2022, et 38 % avaient cherché six mois ou plus S5. Le taux d'emploi salarié à douze mois est tombé à 70 % pour la promotion 2024 S7. Dans l'informatique, l'Apec rapporte 57 000 embauches de cadres en 2025 contre 71 920 en 2023 S6.
Au Royaume-Uni, Indeed relève qu'au 10 juillet 2026 les offres d'emploi portant le terme « graduate » sont environ 7 % moins nombreuses qu'un an plus tôt et à leur niveau saisonnier le plus bas depuis 2020 S13. Cette baisse concerne les offres destinées aux diplômés ; la source ne l'attribue pas à l'IA.
Ce que ces preuves ont en commun
Aucune de ces sources ne montre un effondrement global de l'emploi. Toutes montrent un déplacement des recrutements vers le haut de l'échelle. Reste à savoir si l'IA en est la cause ou le prétexte : c'est l'objet de la page suivante.