Thèse 4
Pour les étudiants
Le problème concret : la porte s'est déplacée, pas fermée
Prenons la thèse au sérieux, sans la croire aveuglément. Elle dit que les entreprises embauchent moins de débutants parce que les tâches de débutant sont automatisées. Elle ne dit pas qu'elles n'embauchent plus personne. En France, l'Apec prévoyait encore des recrutements de cadres débutants en 2025, en baisse de 16 % mais pas à zéro S5. Au Royaume-Uni, les offres pour diplômés reculent de 7 % en un an, pas de 70 % S13. La conséquence pratique est une concurrence plus dure pour des postes qui existent encore : 57 % des Bac +5 de 2024 ont envoyé plus de trente candidatures avant d'être pris S5.
Compétences : viser ce que l'échelle cassée ne remplace pas
Stanford observe que le recul de l'emploi des jeunes se concentre dans les métiers où l'IA automatise des tâches, et ne retrouve pas le même signal dans les métiers où elle complète le travail S1. Un résultat semblable est rapporté pour Harvard, mais reste non vérifié faute d'accès au texte intégral S2. Un étudiant peut en tirer trois conclusions.
La première est de ne pas se vendre uniquement sur des tâches répétitives que l'IA peut assister : première rédaction, synthèse de documents, code courant, saisie et mise en forme. L'étude de Harvard mesure l'évolution de l'emploi par ancienneté dans les entreprises adoptantes ; elle ne documente pas directement le retrait de tâches dans les annonces S2. La deuxième est d'apprendre à utiliser ces outils et de montrer comment on vérifie leur travail. La troisième est de cultiver ce qui demande encore un humain présent : le contact client, le terrain, la responsabilité d'une décision, le travail en équipe. Les thèses 5 et 6 développent ces pistes.
Choix d'études : la discipline compte moins que l'on croit, l'alternance compte plus
Les écarts entre disciplines à l'embauche sont stables depuis longtemps : en France, 76 % des diplômés de sciences et technologies sont en emploi à douze mois, contre 59 % en lettres et langues S5. Mais le recul récent touche aussi l'informatique, à 75 % après une baisse de quatre points S5, et les écoles d'ingénieurs qui étaient épargnées en 2024 S5. Changer de filière pour fuir l'IA n'a donc guère de sens.
Ce qui peut aider, c'est l'expérience acquise avant le diplôme. L'alternance, les stages longs, les projets livrés et les contributions publiques donnent des exemples concrets à présenter aux recruteurs. En France, au quatrième trimestre 2025, 10,1 % des 15 à 24 ans étaient en emploi en alternance S8 ; cette donnée décrit une voie d'accès à l'emploi, sans prouver à elle seule qu'elle amortit le recul des recrutements.
Positionnement et CV : montrer le travail fini
Concrètement : un portfolio de choses faites plutôt qu'une liste de cours suivis, des chiffres sur des projets réels, et une démonstration en entretien de la manière dont on travaille avec l'IA pour aller plus vite sans se tromper. Le rapport du Burning Glass Institute décrit le diplôme comme un indicateur devenu moins fiable pour accéder à un emploi professionnel S16. Un portfolio peut aider à montrer ce qu'on a déjà produit, sans garantir l'embauche.
Premier emploi : accepter la marche d'à côté
Les jeunes diplômés français font déjà des concessions : 70 % sont prêts à renoncer au CDI et 51 % au statut cadre pour un premier poste S5. Un poste en PME, en collectivité, dans un secteur moins exposé ou dans une fonction mixte peut donner en deux ans l'expérience que le grand groupe ne propose plus. L'important, si la thèse 4 est juste, est d'être sur une échelle, quelle qu'elle soit, pendant que les autres attendent la bonne.